Bon je comptais ne rien dire sur le nouveau gvt mais la tentation est très forte, trop même. Vu comme ça débute, je vais être obligé de commettre ma gueulante, parce que sinon ça va pas aller. Amis sarkozystes, ne m'en voulez pas. Lisez Tocqueville : "les élections produisent des antagonismes que le temps efface rapidement."
Bon; alors voilà je m'y mets....
Ma première critique concerne le N°2 du gouvernement, M. Alain Juppé.
Ministre de l'écologie avant tout - tu parles! - M. Juppé est connu pour son rôle de premier ministre dans le fameux gouvernement éponyme, de 1995 à 1997. Celui-ci a marqué les esprits pour 3 choses plus ou moins liées :
La première est le fameux gouvernement des "jupettes", appellé ainsi après le limogeage de 8 ministres femmes de son gvt.
La deuxième est son fameux plan de réforme des retraites, qui a conduit au troisième évenement, la Grande Grève de 1995 (aussi connue sous le nom de GrGr 95) qui a laissé un souvenir amer dans l'esprit des franciliens, du fait de la quasi disparition des transports publics durant 2 mois, alors que le temps était particulièrement froid cette année-là.
M. Juppé, "le meilleur d'entre nous", a été aussi impliqué dans l'affaire des emplois fictifs du RPR ainsi que celle des HLM de la ville de Paris. Condamné à 10 ans d'inéligibilité et 18 mois de sursis en 2003, sa peine avait ensuite été commuée en 2 ans d'inéligibilité et 18 mois avec sursis. En "exil" au Canada, il y découvre l'écologie, et il rentre en france en 2005. Elu maire de Bordeau, il devient pendant la campagne présidentiel le "M. Ecologie" de Nicolas Sarkozy.
Il est finalement nommé N°2 du gouvernement et ministre de l'écologie (de façon accessoire). Le type juste après le premier ministre. Fichtre! Pour un individu ayant trempé dans des scandales politico-financiers, c'est pas si mal... Enfin, je veux dire, c'est scandaleux!
Quant à Roselyne Bachelot, finalement, son personnage des Guignols n'est pas si éloigné de la réalité... on se rappelle de sa recommendation super-utile aux automobilistes de se garer à l'ombre pour éviter la déshydratation pendant la canicule de 2003... entre autre.
Roselyne Bachelot, c'est aussi un "certain franc-parler", traduction politiquement correcte de "jurant comme un charrettier", ou "inutilement agressive à la télé", aussi applicable au cas Rachida Dati (dont je parlerai plus loin) ou Nicolas Sarkozy.
Roselyne Bachelot, c'est un très médiatique bras d'honneur devant les caméras le soir de l'élection, 20 minutes avant les résultats du 6 mai.
Et maintenant, Roselyne Bachelot, c'est la ministre des Sports, de la Santé et de la Jeunesse. Est-ce que les trois vont ensemble, d'ailleurs? Est-ce qu'on ne peut pas faire du sport en étant âgé et en mauvaise santé? Ou alors, est-ce que, étant jeune et en bonne santé, on doit forcément faire du sport? etc...
Rachida Dati : on la voit dans un monospace de l'UMP, écouter, dans l'entre-deux-tours, une chanson à la qualité douteuse sur son téléphone portable.
Elle a une certaine propension à se gueuler sur ses adversaires à la télé, ne les laissant pas parler, utilisation comme une autre de la langue de bois.
Mais là n'est pas le problème. Rachida Dati est juge. "Ben oui et alors? Elle est monté en grade, juge puis Ministre de la justice, c'est normal!"
Et bien non. Pourquoi? Deux raisons :
Si on met une juge au ministère de la Place Vendôme, alors, même symboliquement, on allie l'exécutif et le judiciaire, et ça, c'est inexcusable. Et la Révolution alors? Si on ne sépare plus les pouvoirs de la République, on glisse, doucement, vers la dictature, car il n'y a plus de contre pouvoirs. J'y reviendrai aussi.
Eric Besson, lui, après un rapport incendiaire sur Sarkozy, quitte le PS et vient rejoindre l'UMP. "Qui connait Eric Besson?" demande Royal. "Qui connait Ségolène Royal?" écrit Besson. L'ancien secrétaire chargé de la politique économique des socialistes se retrouve Secrétaire d'Etat auprès du Premier Ministre chargé de la Prospective et de l'Evaluation des Politiques Economiques. Vaste programme. C'est ça, l'ouverture du Gouvernement.
Dans le même genre, après avoir clamé sa haine pour Sarkozy, Kouchner se retrouve au gouvernement (et se fait radier du PS) et obtient, rêve de toujours, le quai d'Orsay. Ceeeertes, c'est toujours moins pire que Mickey D'Orsay (euh, Douste-Blazy), au moins Bernard Kouchner parle anglais, mais c'est encore un médecin. Et surtout, après ses débilités en Yougoslavie, quand il avait pris parti en faveur de la Bosnie, puis sa gestion aléatoire du Kosovo, dont il avait été nommé administrateur par l'ONU; et enfin de son enthousiasme à vouloir renverser le vilain Saddam Hussein, bien que dans le cadre de l'Onu il aurait mieux fait de rester citoyen médecin du monde, French Doctor en chef, plutôt que de prendre encore une fois position sur le Liban et l'Iran, d'ouvrir sa grande bouche pour parler de ce dont il n'aurait pas du parler. Bon, je n'irai pas jusqu'à le qualifier de "socio-traître" ça fait vraiment trop "ligne politique du Komintern", "Ne vous alliez pas avec les socialistes, ce sont des socio-traîtres!" (consigne donnée aux Partis Communistes parle Komintern jusqu'en 1936, après quoi l'ennemi devînt le nazisme et non les socialistes, permettant la création de Front Populaires en France et en Espagne)
Le Premier Ministre détient lui le record d'impopularité quant à ses réformes. Bon, le système de retraîtes était peut-être un peu juste face au vieillissement de la population, mais annoncer l'allongement de la cotisation à 40, puis 42.5 ans et demi, voilà qui était un peu brutal! Cela veut dire que, si j'achève mes études à 25 ou 26 ans, je devrai ensuite cotiser jusqu'à 67 ou 68 ans avant de pouvoir me poser et profiter du fruit de mon labeur? Eh oh, j'espère qu'il y aura eu un (voire même six) présidents entre les deux pour que je n'ai pas à me tuer au boulot plus tard! Déjà que les diplômés ont toutes les peines du monde à se trouver un boulot, est-ce qu'il faudrait qu'en plus on soit pénalisé pour avoir fait des études trop longues??
Il nous a aussi servi une chouette réforme (qui a partiellement avorté) à propos du Bac et du lycée en 2005, conduisant à terme à une réduction des disciplines artistiques, une transformation partielle du bac en contrôle continue (ouf! et l'anonymat alors?) ainsi que la supression des TPE. La réforme du bac a été abandonnée, celle des TPE modifiée, mais plusieurs millions de personnes sont descendues dans la rue à cette occasion. Pourquoi mis François Fillon comme premier ministre?
Et maintenant, cet olibrius se plait a déclarer (à la suite d'un olibrius encore pire, Jacques Marseille, historien économique, économiste auto-proclamé et Grand Diseur de Non-sens devant l'Eternel) que ses réformes seraient la seule chose qui aurait marqué le deuxième mandat de Chirac. No comment...
Tenez, au fait, messieurs-dames, n'oubliez pas que pendant que vous serez en vacances, le gouvernement et l'Assemblée, eux, ne chômeront pas : une session parlementaire extraordinaire en juillet-août, se chargera de mettre en oeuvre les réformes Sarkozy, en particulier le Contrat Unique, alias super-CPE appellé à remplacer les CDI et CDD, et assorti d'une période "de sûreté" donnant deux ans à l'employeur pour se débarrasser de ses malheureux salarié sans raison particulière . Pourquoi? Lire l'article sur le CPE en page je ne sais plus combien de mon blog. Aussi, la réforme de l'Université, mais on ne sait pas encore trop à quoi ça va consister. On sait juste qu'il ne vaudra mieux ne pas être à la fac en 2007-2008 si on compte avoir cours (vive la Khâgne!).
Le bouclier fiscal à 50% rentrera lui en vigueur en janvier prochain.
Mais ce que je trouve particulièrement grave, c'est la déclaration de Sarkozy à l'Europe, annonçant sa prise de distance par raport au pacte de stabilité.
Ce pacte, késako? Entré en service en 1992, avec Maastricht, il stipule que le déficit ne devra pas dépasser les 3% du PIB (Sarkozy déclarait effrontément qu'on l'avait toujours respecté, quand il avait été interviewé sur TF1 en avril 2005. Quel menteur!) et la dette, 60%. OK, ça bride la croissance, et l'Euro est tellement stable qu'il en monte. 1.34$ (au 27/5/07), ça fait vraiment trop pour le commerce international. D'autant plus que la banque européenne ne respecte absolument pas les objectifs d'une banque centrale normale (d'où sa volonté de réforme par Sarkozy), à savoir maintenir la stabilité, assurer la croissance et garantir l'emploi. Elle ne fait que maintenir la stabilité.
Sarkozy déclare vouloir cet écart afin de procurer à l'économie française un point de croissance supplémentaire, sans quoi il ne pourrait appliquer ses promesses zélectorales.... Donc, pour passer de 2 à 3% de croissance, il veut laisser un peu de marge à l'inflation et à l'endettement, permettant ainsi, dans une logique keynésienne très libérale (vu qu'il se revendique comme tel... faudrait savoir!) de relancer la consommation et donc d'encourager la croissance. Mais de toute façon, sa politique visant à faciliter les heures supplémentaires et à les rémunérer plus grassement (25%) aura, à terme cet effet. Et ça n'a rien de libéral!
Maintenant où est le problème? Travailler plusse, gagner plusse, manger plusse, consommer plusse? Pas de souci à première vue!
Oui mais.... la gauche a déjà essayé en 1981 et les résultats ont été catastrophiques!
Retour en arrière : Fraichement nommé Premier Ministre par Mittérand, Pierre Maurois décide de rompre unilatéralement avec la poltique de rigueur alors en place sur toute la planète (les Etats-Unis ayant commencé à se poser des questions quand leur inflation avait dépassé, il est vrai poussée par la crise pétrolière, 14% en 1979) et de relancer la consommation, dans une politique très keynésienne : l'effet fut terrible.
Les français recommencèrent certes à consommer, encouragés par des taux d'intérêts faible (voire négatif, si les t.i. sont de 5% et l'inflation de 7%, alors on gagne 2% à chaque remboursement!), une indexation des salaires sur les prix.
Mais voilà : l'inflation se fit très vite sentir. Les prix augmentèrent avec les salaires et les faibles taux d'intérêt (forte création monétaire => baisse de la valeur de la monnaie). Les importations décolèrent, mais les exportation plongèrent brutalement : il était intéressant de vendre à la France, qui consommait joyeusement, mais trop cher d'acheter Français! La balance commerciale devint vite déficitaire, et la politique de relance
fut rapidement abandonnée.
C'est ce qui risque de se passer avec Sarkozy : inflation =>moins cher d'acheter ailleurs mais trop cher d'acheter en France. La politique de notre Bien Aimé Président Mao, euh, Sarkozy, la Garonne et sa Pensée, risque bien de conduire à un effet inverse en plombant le commerce extérieur....
C'est vrai qu'à l'heure actuelle, on est en période de croissance mais :
- pour combien de temps encore?
- il vaut mieux économiser quand il y a de la croissance plutôt que de dépenser à tout va!
Enfin on verra bien...
Dernière récrimination à propos de notre nouveau gouvernement (après promis j'arrête), la concentration des médias au sein d'un nombre réduit de groupes de presse est un danger pour la démocratie et le pluralisme. Serge Dassault, constructeur d'avions et d'armes, détient près d'1/3 de la presse nationale et régionale, soit 70 journaux. Sa ligne éditoriale? "Des idées saines. La France est en train de crever sous les idées de gauche". Il était vaguement opposé à la politique de la droite pendant la chiraquie, mais pas plus que ça.
Aussi, Martin Bouygue et Vincent Bolloré, détenant chacun une très grande part des médias français se trouvent être des amis proches de Sarkozy, le premier ayant été le parrain de son premier fils et le second... ayant eu des accointances nautiques avec le président mais nous ne nous étendrons pas sur le sujet...
Bouygue possède, entre autres, la chaine culturelle Télévision Française 1, dont les dirigeants sont particulièrement proches de l'Elysée...
Quant au directoire de M6, on ne peut pas dire qu'ils soient particulièrement de gauche. Mes amis, que reste-il à cette liberté de la Presse et des Médias? Pas grand chose. Arte peut-être... regardée par 38% des professions intellectuelles supérieures!
Le président du Syndicat de la Presse Parisienne, qui représente tous les grands quotidiens nationaux, est Francis Morel, aussi Directeur Général de la Socpresse, récemment racheté par Dassault (il aura fallu une dérogation de la Commission Européenne pour entériner cet achat, qui allait contre la réglementation européenne concernant les médias).
On peut toujours lire l'Humanité (pas particulièrement partiale comme presse), ou encore Libération (mais pour combien de temps encore?). Le Monde est certes un journal qui ne parle pas
toujours avec le gouvernement (enfin ça dépend des fois et des journalistes) mais je ne sais pas si on peut le classer dans la presse d'opposition.
Je n'ai pas trouvé de statistique concernant la concentration des groupes de presse au sein des médias français, mais il ne doit plus rester grand chose. Vous connaissez Silvio B.? Un obscur personnage qui, à la manière de Citizen Kane, s'était arrogé le contrôle de toutes les télévisions italienne, sa position de Président du Conseil lui ayant permis de faire main-basse sur la Rai (télé et radio), tandis qu'il possédait déjà l'immense majorité des chaines privées. Il a en outre réussi à faire modifier la constitution afin de ne pas être poursuivi par la justice italienne.
Certes notre Président n'en est pas là. Mais certains se sont offusqués que M. LePen traite Nicolas Sarkozy de Napoléon III. Pour une très rare fois, je suis presque d'accord avec lui (bien que, à son habitude, il l'ait aussi assimilé à Staline et Hitler réunis, ce qui est plus discutable). La politique de Nicolas Sarkozy (Nicolas le Petit pour certains) est clairement d'inspiration bonapartiste : le Président est l'homme d'un peuple, et lui seul le représente légitimement. Sa volonté de gouverner non pas
avec mais
à travers son premier ministre le montre suffisement. Il a quand même réussi à ouvrir une session extraordinaire de l'Assemblée Nationale en Juillet et Août pour faire passer en force (il faut dire les choses comme elle sont) ses réformes! Certes, 53% de la population est normalement d'accord avec ces réformes, puisqu'elle a voté pour lui, mais les 47% restant ne l'est pas. Et il est antidémocratique de s'arranger pour museler l'opposition, même si, face au raz-de-marée UMP annoncé par toute la presse et les sondages, il n'y aura pas grand chose à faire. Mais qui détient la presse, déjà?
Bibliographie : Acrimed; Berstein et Milza : Histoire du XXe siècle; cours d'économie de Mme Rabillon, professeur au lycée Richelieu à Rueil-Malmaison.